Le Roman de la langue française

LE ROMAN DE LA LANGUE FRANÇAISE

par Michel Mourlet

(texte intégral)

 

   « L’histoire de la langue modèle et nourrit toute culture. » Telle est la phrase en quelque sorte inaugurale de l’ouvrage lexicologique le plus important de ces cinquante dernières années : le Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey, publié par les Éditions du Robert en 1992.

   Comme n’importe quelle langue mais plus que les autres, du fait de la situation particulière de la France au carrefour de toutes les avenues de la culture et de l’Histoire, la langue française est riche d’un passé qui éclaire le présent et aide à préparer l’avenir. Ce passé, et les vicissitudes momentanées, et les incertitudes futures, composent plus qu’une banale énumération de faits et de dates, de causes et d’effets. C’est de la chair même de la France, donc de la nôtre, qu’il est question. La langue est un être vivant où circule notre sang et qui peut mourir. L’histoire d’un tel être possède toutes les caractéristiques exigées d’un roman. Événements heureux ou tragiques, héros inoubliables, étude sociale et politique. Un début, un développement, des crises et, on l’espère, plus d’un Balzac à venir pour en poursuivre le récit.

   L’aventure commence dans la nuit des temps. De manière un peu arbitraire, fixons-en l’origine à l’époque où la France était encore la Gaule ; où cette Gaule possédait une civilisation à elle, beaucoup plus riche, beaucoup moins « barbare » qu’on ne l’a cru longtemps ; où cette civilisation parlait une langue dont il ne reste plus que quelques inscriptions gravées dans la pierre ou le métal, quasiment indéchiffrables : la « tablette de Chamalières », le « calendrier de Coligny », et un peu plus d’une centaine de mots venus pour la plupart de l’activité agricole et du monde campagnard : « sillon », « tonneau », « chêne », « arpent », etc., transmis au français par le bas-latin.

   Deux causes à ce désastre : la fragilité des tablettes de cire et, surtout, l’allégeance des classes dirigeantes d’abord, puis de la population entière, à l’envahisseur romain par intérêt mercantile à très court terme. En un siècle ou deux les Gaulois ont abandonné leur idiome, c’est-à-dire leur identité et leur âme. Ils avaient cependant une excuse : ils ne connaissaient pas de précédent ; ils ignoraient tout de la biologie des langues, des conditions de leur vitalité, de leurs maladies, de leur décadence, de leur disparition. Le contre-exemple étant celui des Grecs, grands voyageurs-colonisateurs et qui savaient de reste à quel point la langue est le cheval de Troie du commerce et du pouvoir. Via le millénaire byzantin les Grecs ont conservé leur langue. Les Gaulois « collaborateurs » l’ont perdue.

   Ainsi arrivons-nous au Bas-Empire, au bas-latin, aussi corrompu par le métissage accéléré avec le celte des Gaules que ce dernier par le latin. Dans la Gaule romaine du Ve au VIIIe siècle un sabir informe s’élabore, ce qu’on appellerait aujourd’hui un  pidgin (terme d’origine chinoise, pour business) Puis le pidgin gallo-romain, argot de la soldatesque mélangé aux patois indigènes et simplifié pour les besoins d’une communication purement utilitaire, s’installe peu à peu dans les familles, dans la transmission d’une génération à l’autre, devient un dialecte vernaculaire.

   Ce dialecte est par nature (diversité d’origines) et par vocation (échanges rudimentaires entre marmite et gamelles) impropre à l’usage d’une pensée complexe, capable de maîtriser le réel et de conduire une politique, d’organiser une société, de légitimer une religion. Force est de recourir encore et toujours à la parole du maître, même si le maître  perd le pouvoir. Découronné de ses lauriers par d’impétueux voisins qui profitent de son relâchement, de ses abandons successifs, de sa largesse d’accueil introduisant le ver dans le fruit pour  s’inviter au festin, le maître est chassé de son trône. Mais il a gardé quelque chose d’extraordinaire, qui peut encore servir : une langue préservée de la corruption par des clercs intelligents (nombreux en ce temps-là), qui avaient compris quel est l’instrument principal de la communication, du gouvernement, de la puissance et de la pérennité d’une communauté humaine. Et puisque, dans le grand tohu-bohu des invasions barbares, il n’existait plus qu’une structure véritablement stable et génératrice de repères : l’Église chrétienne, et que la langue de cette structure était le latin – non pas l’argot bâtard qui nommait « cruchon » ce qu’il y a sous le couvre-chef d’un homme… « tête » provenant d’un équivalent en bas-latin militaire de nos « cafetière », « caboche » ou « ciboulot » – ce fut le latin qui continua de régner mille ans sur le monde civilisé.

   Entre-temps, cette langue romane encore dans l’enfance avec son vocabulaire imagé et trivial de soudard et sa syntaxe de bébé avait été encore traumatisée par l’arrivée du Franc à la chevelure « blonde » (adjectif supposé francique) au VIe siècle, encore que l’on puisse dater d’un peu avant certaines influences germaniques sur le latin vulgaire, dues aux contacts commerciaux et guerriers. Environ trois cents mots nous en restent, quelques « w » et « k », des inversions dans la phrase, un certain nombre de prénoms et probablement une prononciation qui s’est éloignée des autres langues romanes, davantage amarrées au latin.

   Jusqu’au IXe ou Xe siècle, le francique et le roman cohabitent. Mais peu à peu le second prend le pas sur l’autre, l’assimile et devient tout doucement une langue de communication à part entière, au point que Hugues Capet aurait été le premier de nos rois à utiliser les services d’un interprète pour écouter certains de ses sujets. Du IXe siècle date la rédaction des deux premiers monuments connus de cette  « langue française » sortie de ses langes et qui semble alors prendre conscience d’elle-même ; si bien que Charlemagne va l’imposer en certaines parties de la liturgie et qu’elle ose enfin sortir de l’oralité.

   L’un de ces textes, politique, est connu sous le titre de Serments de Strasbourg. L’autre, littéraire, d’inspiration religieuse, est la Séquence de sainte Eulalie (de sequentia, poème liturgique). Les Serments entérinent le partage de l’empire de Charlemagne en scellant un accord entre Charles le Chauve et Louis le Germanique. Leur intérêt historique n’est pas ce qui nous importe le plus ; leur portée linguistique est immense, de par leur rôle inaugural et parce que leur deux versions, l’une en « vulgaire », le français d’alors, l’autre en germanique, nous informent de l’apparition d’une conscience claire des enjeux nationaux de la parole, conscience jusque là étouffée par la prééminence écrasante du latin. Avant les Serments, cet empire absolu du latin conférait encore une sorte d’unité factice aux morceaux éparpillés de la mosaïque romaine, puis carolingienne. À partir des Serments, on assiste à la renaissance séparée de nations déjà historiquement formées mais réunies artificiellement par des actes militaires, diplomatiques ou dynastiques. La géolinguistique n’est pas seulement un inventaire géographique des idiomes, comme on le dit quelquefois. C’est une des branches maîtresses de la géopolitique. Les Serments de Strasbourg établissent avec solennité dès l’origine l’importance politique décisive de la langue nationale.

   La Séquence de sainte Eulalie n’a pas cette résonance dans notre actualité. Mais elle nous émeut davantage. Le premier en date de nos poèmes ! Plus assonancé que rimé, avec d’humbles mots pour dire la sainte et le supplice. En français d’aujourd’hui, cela donne :

                Bonne pucelle fut Eulalie.

                          Beau avait le corps belle l’âme.

                                            Voulurent la vaincre les ennemis de Dieu.

                               Voulurent la faire diable servir…

    Le français recroquevillé brise sa coquille et déplie ses ailes engourdies. Mais les éternels assis, les agrippés féroces de l’immobilisme sorbonnard, les malins à la vue courte, les partisans du tout-latin veillent. De gardiens perspicaces, ils se sont mués en compilateurs à qui la tradition tient lieu d’intelligence et d’inventivité. Ils enseignent en latin, écrivent en latin, se pourlèchent en recopiant les recettes d’Apicius. Pour être lus de leurs confrères ils rédigent leurs traités de physiologie comme Galien s’adressait à Marc-Aurèle. Cela va durer cinq siècles. Cinq siècles durant lesquels une caste de politiciens, d’universitaires, de financiers, de hauts fonctionnaires va tricoter sa mondialisation latine à l’écart du peuple, entre décisionnaires européens, enfermant la politique, la philosophie, l’identité françaises dans un carcan abstrait dont ils rabâchent que c’est la seule voie possible dans le monde moderne, jusqu’à ce qu’un grand roi au prénom prédestiné, en 1539, frappe du poing sur la table et dise : « Maintenant, ça suffit ! » Cela s’appelle l’Ordonnance de Villers-Cotterêts :

      Nous voulons que doresenavant tous arretz ensemble toutes aultres procedeures, soient de nous cours souveraines ou aultres subalternes et inferieures, soient de registres, enquestes, contractz, commisions, sentences, testamens et aultres quelzconques actes et exploictz de justice ou qui en dependent, soient prononcez, enregistrez et delivrez aux parties en langage maternel francoys et non aultrement.

   Cette Ordonnance va entraîner pour notre langue un statut particulier et toujours en vigueur : celui d’être régie, surveillée, protégée par la puissance publique. L’État, les corps constitués y compris la Justice seront mobilisés de manière constante à cet effet, ce qui ne fut le cas à ce degré nulle part ailleurs. De la fondation par Richelieu de l’Académie française jusqu’à la féminisation des fonctions en passant par la politique linguistique de la Révolution, Jules Ferry, la loi Bas-Lauriol, le Commissariat général de la langue française, la loi Toubon, le français depuis cinq siècles est l’objet  d’un encadrement officiel. Est-ce un caprice du Pouvoir dont, à l’instar des autres langues, la France pourrait faire l’économie ?

   Les motifs, ou plutôt les acteurs qui ont poussé François Ier et ses conseillers à promulguer l’Ordonnance fondatrice n’ont jamais disparu de la scène. Il semble qu’il y ait toujours eu une partie notable des citoyens qui travaille activement contre l’intérêt général. Cela s’est constaté tout au long de notre Histoire, et non pas uniquement lors des diverses périodes d’occupation de notre sol. Plusieurs causes, sans doute, préexistent à cette fâcheuse disposition : le fond gaulois tel que l’a observé César, foncièrement querelleur et porté à la division, les apports allogènes qui ne se découvrent une patrie commune qu’au moment des catastrophes, quand il est trop tard…  Il suffit d’écouter les revendications régionales ou communautaristes pour imaginer l’état de la langue et de la littérature françaises, sans parler de la communication à travers le territoire : le gouvernement pour se faire entendre de tous n’aurait plus qu’à gouverner en anglais.

   Dix ans après Villers-Cotterêts, le cosmopolitisme linguistique n’a pas désarmé. Aux encroûtés du latin s’ajoute ce qu’on nommera beaucoup plus tard un « snobisme », celui des langues étrangères, l’italien surtout, dont la promotion est assurée depuis  « belle heurette »  grâce à une Renaissance  plus précoce que la nôtre, empêchée par le désordre et les ruines de la guerre de Cent ans. Par bonheur le développement de l’imprimerie va favoriser l’essor du fragile oisillon que nous avons vu sortir de l’œuf sept siècles auparavant. Toujours guetté par des chasseurs embusqués, c’est devenu un jeune aigle. Un poète de vingt-sept ans, Joachim Du Bellay, va  l’enfourcher comme Pégase.

   Défense et Illustration de la langue française éclate en coup de tonnerre dans les salons académiques, lambrissés de faux marbre, peuplés de cuistres suffisants et de grimauds rengorgés. Du Bellay s’appuie sur Rabelais pour détailler ses remontrances. On ne se lasse pas de citer la phrase fameuse :

   Pourquoi donc sommes-nous si grands admirateurs d’autrui ? Pourquoi sommes-nous tant iniques à nous-mêmes ? Pourquoi mendions-nous les langues étrangères, comme si nous avions honte d’user de la nôtre ?

   C’est le commencement de la fin pour la vieille Sorbonne médiévale, emportée par le courant fleuri de la Pléiade puis le torrent cartésien. De bataille en victoire, le français gagne ses galons de grande puissance linguistique. Notre force militaire, démographique, économique, l’y aideront, mais seront aussi grandement épaulées par elle. Bientôt la langue de la diplomatie sera française, c’est-à-dire limpide, logique, sans aucune de ces ambiguïté que peuvent recéler la syntaxe latine ou le lexique anglais.

   En 1570, précédant Richelieu de plus d’un demi-siècle, Charles IX donne des lettres patentes à une Académie créée par le poète Jean-Antoine de Baïf et s’en déclare protecteur. Prolongée par Henri III sous le titre d’Académie du Palais, mais boudée par l’Université, elle ne survivra pas au roi.

   « Enfin Malherbe vint. » L’hémistiche de Boileau situe exactement le passage du bouillonnement poétique de la Pléiade au classicisme du Grand Siècle. Le Moyen Âge gavé de latin et de grec avait eu néanmoins ses poètes et ses farces populaires ; la Renaissance avait  tordu le cou à la lectio et  relectio parasitaire du grand Aristote, qui ne méritait pas cela. Montaigne aussi était venu, mais à la bonne franquette, sans légiférer. Toutefois Ronsard et ses amis, au milieu de beautés fraîches ou éclatantes, avaient conservé de l’Antiquité un attirail mythologique assez pesant, chantourné des vers parfois à la limite du bizarre, qui ne pouvaient être entendus par « le crocheteur de foin ». Réprouvant ces excès, Malherbe épure, ébarbe, concentre, clarifie. Il n’a peut-être pas frayé le meilleur chemin à la poésie lyrique ;  c’est à son travail de simplification, néanmoins, que nous devons l’âge d’or de notre théâtre, où tout doit être compris dans l’instant même, du parterre au poulailler. À ses furibondes remarques sur Desportes comme au bronze de sa prosodie nous devons également nos moralistes les plus denses et les plus concis.

   En 1635, huit ans après la mort de Malherbe, le cardinal de Richelieu qui se préoccupe fort de  littérature (il taquine Melpomène et jalouse Corneille), s’inscrit à son tour dans la lignée des hommes d’État soucieux du rayonnement de la langue, conscient que le verbe est une arme non moins redoutable que l’artillerie. Quelques siècles plus tard, les grands orateurs révolutionnaires, Napoléon ou encore, plus près de nous, un De Gaulle, un Malraux, en seront convaincus eux aussi et à maintes reprises le vérifieront. Pour assurer un contrôle qu’il estime nécessaire sur les évolutions toujours hasardeuses de l’usage – meilleure et pire des choses comme la langue d’Ésope – Richelieu fonde une institution normative, somme de compétences reconnues en tous domaines (et non pas exclusivement de gens de plume comme on le croit parfois) : l’Académie française.

   Nous arrivons ici à l’apogée de notre langue, et qui durera trois siècles : le XVIIe avec ses dramaturges et ses moralistes ; le XVIIIe avec ses philosophes (y compris ceux du bord opposé aux « Lumières »), le XIXe avec le prodigieux renouvellement de formes et de matière dont témoignent la poésie et le roman. Un homme plus que tout autre a pensé cet apogée et l’a analysé : Rivarol. 

   Son Discours sur l’universalité de la langue française (1783) explique pour la première fois la  longue prééminence de notre outil de communication. Rivarol n’est pas un grammairien à la Vaugelas, le célèbre « greffier de l’usage ». On peut remonter à Platon ou à la Grammaire de Port-Royal, il n’empêche : Rivarol est un peu le père négligent de la  linguistique, tant structurale que générative, et c’est pourquoi les linguistes, donnant raison à Freud, le rejettent. Mort à quarante-huit ans, ce génie météorique a jeté les bases d’une philosophie du langage en tant que dévoilement de réalité à travers des structures variables en résultat selon les peuples : « La meilleure histoire de l’entendement humain doit, avec le temps, résulter de la connaissance approfondie du langage. La parole est en effet la physique expérimentale de l’esprit. » Si on ne les savait de Rivarol, on pourrait attribuer ces lignes au Valéry des Cahiers.

   Du contre-révolutionnaire, descendant d’immigrés piémontais (Rivaroli) et sacré par Voltaire « Français par excellence », jusqu’à l’Abbé Grégoire et la Révolution, il n’y a qu’un pas.  Un pas de clerc, diront peut-être les partisans de la régression vers le morcellement initial, au bon vieux temps où il fallait un interprète à La Fontaine pour s’adresser à un palefrenier limousin. Henri Grégoire est l’ancêtre de ces « hussards noirs » qui s’échinèrent pour offrir à l’ensemble des citoyens une circulation sans encombre sur toute l’étendue du territoire national et un accès à la sphère de l’esprit. Son Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser la langue française (16 prairial An II), acte fondateur, oserons-nous dire, de l’Instruction publique, a offert à des centaines d’écrivains, de savants, issus de familles pauvres de province, la chance d’échapper à leur ghetto langagier pour accéder à l’audience qui leur était due. Et il a soulagé notre langue, en un siècle environ, du paradoxe d’être  mieux parlée à Rome ou à Moscou qu’à cinquante kilomètres de Paris.

   Dès lors, un boulevard s’ouvrait aux grands lexicographes que la France attendait. Ce n’est plus le parler de la Cour qu’ils vont enregistrer et disséquer, mais l’immense répertoire des mots de tous : métiers, régions, traditions, néologismes techniques et scientifiques, brassés par les instituteurs de la République depuis les frontières du nord jusqu’à la Méditerranée, et même au-delà, grâce aux colonies.

   Consécutivement, le langage littéraire, pareil à un tableau ancien que l’on nettoie pour en raviver les couleurs, subit la grande lessive romantique. Sous la plume un peu sèche, il faut l’avouer, des Chamfort et des Voltaire, la pensée s’était aiguisée comme un scalpel, la phrase crépitait comme une mèche de mise à feu, mais le mot s’était quelque peu décoloré. Le mot avait perdu son odeur de fruit mûr, son goût de miel. C’est alors que deux hommes, nés et disparus presque en même temps, qui occupèrent tout leur siècle, aussi dissemblables qu’on peut l’être, Hugo et Littré, s’attaquèrent au « vieux dictionnaire ». Le premier lui « mit un bonnet rouge » ; le second en bâtit un nouveau. Certes ils avaient des prédécesseurs. Mais dans ce fabuleux XIXe siècle d’où nous est venu à peu près tout ce dont nous vivons et mourons aujourd’hui,  comme porte-étendard de la langue française on ne trouvera pas mieux.

   On n’en finirait pas de conter le roman de la langue, de brosser cette fresque aux milliers de personnages que sont les mots.  Il faut en finir pourtant. Les deux guerres du XXe siècle affaiblissent la France, donc son influence, donc sa langue. L’anglo-américain prend l’avantage et devient une espèce de latin de cuisine planétaire. Le parti des vendeurs et des lapeurs de soupe, toujours très inspiré par Ganelon comme on l’a vu, s’efforce avec l’appui des sots d’introduire dans la source limpide de Racine autant de barbarismes qu’il est possible  Le premier à réagir est Étiemble. Il invente un vocable qui fera fortune : le « franglais ». Certaines personnes avisées s’aperçoivent que le français,  s’il est maltraité, renié en France, est soutenu et respecté hors de nos frontières : la Francophonie se met en place et c’est sur elle maintenant que se reportent nos espoirs. Des lois sont votées pour protéger les droits élémentaires des citoyens que d’aucuns voudraient contraindre à parler une langue étrangère sur leur propre sol. Il semble que, timidement, on recommence à comprendre par ci, par là, que l’on travaille mieux, que l’on maîtrise mieux les choses dans sa langue maternelle qu’en baragouinant un globish. Allant dans ce sens, des actions associatives et syndicales sont quotidiennement couronnées de succès. Le Forum francophone des affaires devrait voir s’ouvrir devant lui un bel avenir. Selon les statistiques, le français dans le monde connaît un regain de faveur. Le taillé sur mesures de la « diversité culturelle » fait pièce  à l’uniforme de Mickey. En 1985, M. Jean Dutourd a prononcé en séance publique annuelle de l’Académie un discours prémonitoire, qui reprenait le flambeau tendu par Rivarol : De l’excellence et de la nécessité de la langue française. Après des décennies de capitulations, le message commence à passer.

MICHEL MOURLET

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