Le Bréviaire de François Kasbi

Avec l’aimable autorisation de l’auteur, nous reproduisons ci-dessous l’article que Michel Mourlet vient de publier dans la revue littéraire Livr’Arbitres : N° 21, nouvelle série. http://www.livr-arbitres.com

François Kasbi en toute subjectivité

par Michel Mourlet

(Dernier ouvrage paru : Une Vie en liberté, Séguier, 2016.)

On s’abstient en général de critiquer la critique ; on ne lui rend pas la monnaie de sa pièce. Nulle raison pourtant de ne pas exercer à son endroit ce qu’elle fait subir aux œuvres. Car elle aussi est une œuvre, produit d’un art, sécrétion d’un esprit particulier, et très éloignée de ce à quoi elle prétend parfois, non sans outrecuidance : posséder les qualités propres à une discipline scientifique, à commencer par le jargon.

 

Avec la réédition ‒ augmentée d’un « codicille intempestif » ‒ de son Supplément inactuel au Bréviaire capricieux de littérature contemporaine, François Kasbi s’affirme haut et fort pour ce qu’il est : un critique conscient de la subjectivité inhérente à l’essence de son art, doué d’une vision claire de ses pouvoirs et de ses limites, à l’opposé de la prétention pédante à une rigueur objective ; celle-ci consistant le plus souvent à faire passer un auteur par le chas d’une aiguille au milieu d’une botte de foin pour les ânes.

Pour l’entretenir de Fraigneau, Drieu, Barbey, Bloy, Claudel, Gobineau, Stendhal, François Kasbi interpelle son lecteur, s’exclame, se récrie comme jadis Robert Kemp dans ses feuilletons des Nouvelles littéraires ; il parle avec l’intelligence et toutes les inflexions du cœur. Ses choix relèvent d’un seul critère, boussole serrée par une main d’enfant perdu dans la forêt des livres : la qualité littéraire.

J’ai évoqué l’enfance. Il y a en effet dans cette galerie de portraits « capricieux » quelque chose de l’innocence et des roueries d’un enfant qui s’amuse de son jouet. Une fougue inentamée, une malice, des précautions aussi, pour ne pas fâcher les autorités dites morales par des élans irréfléchis (Bardèche, Brasillach, le maréchalisme de Berl…). Ce seront mes seules chicaneries, toutes personnelles, avec deux reproches malgré tout : avoir négligé dans son « Toulet » Daniel Aranjo, le poète aux accents de la Grèce archaïque, résurrecteur grâce à deux magnifiques volumes d’étude critique et biographique, en 1980 ‒ après au moins trente ans d’absence ‒ du noctambule à l’écoute du Grand Dieu Pan ; et avoir cité une phrase d’Aragon (accroché lui aussi à la cimaise) sur l’« escroquerie » de Valéry… Le grand caméléon du XXe siècle (l’égal en littérature de Picasso dans son mimétisme pictural, avec la même formidable capacité de production), lui, Aragon ! parler d’escroquerie au sujet du martyr de l’Esprit pur, écartelé entre la sensualité méditerranéenne et le « rire éternel » du néant !

Vétilles. L’essentiel est dans le ton, le style, et les attendus du jugement. On retrouve en Kasbi, qu’il faut désormais suivre avec la plus grande attention, ce qu’on a aimé dans le Fraigneau de Fortune virile, le Morand de Monplaisir en littérature, voire sous le burin d’André Suarès : les confidences sur ses confrères d’un authentique écrivain auquel ne manquent ni la superbe, ni une miroitante complicité en profondeur.

 

François Kasbi,

Supplément inactuel avec codicille intempestif

 au bréviaire capricieux de littérature contemporaine

 pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés,

Éd. La Bibliothèque, 2016,

176 p., 14 €.

 

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